M O N T U N O
Etude V: son-montuno [ ... article en cours de rédaction ... ]
  Qu'est-ce-qui est premier de la guitare ou de l'ensemble dans la musique de Leo Brouwer?
  Ou plutôt, Brouwer compositeur est-il musicalement - à l'égal du Beethoven dont Stravinsky disait qu'il aurait pu composer ses chefs-d'oeuvre dans une capsule spatiale- c'est-à-dire pour l'inspiration et pour le matériau, un être "renfermé" comme son compatriote José Lezama Lima (Molina ? vide infra) dont il parle dans plusieur interviews (la première fois en 1988 avec Constance McKenna)?
[...] From a distance, you can see the whole panorama, not only the little detail in the microscope. This is important. But then you have the philosopher, Emanuel Kant. And in Cuba, you have the writer, Molina (sic). They never left their houses. Molina (!) would open the door, look outside, say, "What a beautiful day" and BAM !, he would lock the door. But he travels with his imagination all over the world. He was a close friend of Bach and Beethoven. He spoke with Brahms and Copernicus — so he didn't need to travel. [...]
(Guitar Review No. 75)
  En tout état de cause, pour composer, il faut s'isoler, ne serait-ce que quelques heures, dans un inter-mondes.

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  Le Montuno est considéré comme une section du Son - auquel il peut se réduire - un court segment (deux mesures) constitué d'une cellule rythmique typique, le cinquillo, répété à loisir, comme un refrain, ou comme un ostinato.
  On ne considère pas assez souvent, parlant du cinquillo, qu'il est à lui seul, pour ainsi dire, le moteur du Montuno (et des autres formes de compositions où il est le motif principal). Dans la métrique occidentale, cinq notes comme contour mélodique de base induisent une répétition d'une part, une irrégularité de l'autre. On a même pu considérer les deux mesures de base du Montuno comme l'unité d'un antécédent et de son conséquent. Nous sommes dès lors installé dans une alliance entre une cellule rythmique d'origine africaine et un schéma européen de répétition impliquant la bascule harmonique I V.
  Trois musiciens cubains du XX° siècle dont deux au moins sont strictement contemporains de Brouwer, Harold Gramatges (1918-2008) et Carlos Farinas (1934-2002) ont utilisé le Montuno dans leurs oeuvres. Quant au troisième (qui les précède), Alejandro Garcia-Caturla (1906-1940), s'il ne titre aucune de ses compositions Montuno (ou montuna, ou montune, ...) on trouve dans l'accompagnement de sa Berceuse campesina une influence de montuno qui ne dit pas son nom.

  Alejandro Garcia-Caturla: Berceuse Campesina (1938)
Un canto de cuna, del campo, escrita en un estilo recitativo libre, construido sobre un bajo "obstinato". Observe como este se mueve del acorde de tonica al de dominante. [...]
note du compositeur
  Harold Gramatges (ici, dans une transcription du piano pour plusieurs guitares: Dos danzas cubanas (1950) - Montuna: 1. piano, 2. adaptation pour guitares
  Carlos Farinas (dans une transcription du piano seul): Sones Sencillos n° 4 (1950)


  Non seulement Brouwer est plutôt du genre globe-trotter que casanier, mais, devenu chef d'orchestre, son évolution ne fait que confirmer ce qu'on pouvait présentir dès ses débuts: non seulement il est de toutes les manifestations artistiques, de touts les festivals, de tous les concerts, etc... mais il compose pour l'orchestre et pour des ensembles instrumentaux (quartet, quintet,...) en témoigne le catalogue de ses oeuvres.

  Déjà au piano, faire rentrer un Montuno dans une double portées, c'est faire renter un bateau dans une bouteille, l'univers dans une coquille de noix! Alors dans une guitare? (pourtant dès avec Tarrega on pratique la réduction de sonate pour piano, de septet, de symphonie, d'air d'opéra, ..., de Beethoven, Wagner, Verdi, ...)

L'Etude V à cet égard nous fait découvrir l'alchimie brouwerienne qui isole une partie instrumentale du contexte musical qu'est le Son - dont on peut dire qu'il est toujours une musique d'ensemble - pour en tirer une pièce soliste. Dans une très large mesure, les oeuvres de Leo suivent cette logique de la transmutation qui s'achève (juste retour des choses mais avec un changement de niveau) dans ses concertos (concerti !).

L'étagement des diverses parties instrumentales d'un danzon type

  • La guitare pourra théoriquement reprendre le principe de la clave en sous-entendu comme le démontre avec tant de tact le voisin antillais Didier Ramdine pour la musique Gwoka.
  • Dans le répertoire moderne de la guitare, il n'est pas rare que le guitariste joue tambore - golpe et que certains compositeurs passent par une adaptation de la notation de percussion. Certains passage sont donc de véritables moments de percussion sur la caisse et/ou les cordes (cf. Ostinato in Elogio de la danza).
  • pour ce qui de la basse, il y a deux possibilités pour l'intégrer dans le jeu d'une guitare seule: pour la partie rythmique, la jouer au début et/ou en cours de la pièce pour installer (ré-) la pulsation (cf. Danza caracteristica) et jouer la basse harmonique dans l'accord, lequel sera dérivé du tres.
  • Quant au tres proprement dit, s'il donne une harmonie complète à trois voix (acoustiquement 4 voix: 1 octave, 2 doubles notes à l'unisson). On remarque au passage que les progressions harmoniques sur cet instruement ne redoutent pas les 5ves parallèles.
  • Reste la mélodie à jouer de toute évidence dans le registre supérieure des cordes.


  •   D'une manière générale, ce qui est impossible dans l'axe verticale (superposition) est rendu possible par l'axe horizontale (la succession).



Etude V: la guitare et le tres
  Historiquement, le Montuno est l'une des deux sections du Son correspondant au refrain et consiste dans une formule harmonico-rythmique réalisée à l'origine (Guajeo) par la guitare et/ou le tres. Ensuite le rôle de l'harmonie-rythmique sera dévolue au piano. Traditionnellement, la première partie du Son correspond au thème - énoncé en solo - auquel répond le montuno - refrain chanté en choeur et/ou tuti.

  • la formule rythmique en est le cinquillo
  • qui supporte plusieurs progressions harmoniques
  •   Arsenio Rodriguez (1911-1971) El Rey Del Son Montuno, El ciego maravilloso, l'inventeur de l'arrangement moderne pour conjunto dont chaque partie (bongos, claves, maracas, basse, piano, tres, guitare, metalico, ...) est irréductible, laisse derrière lui un sillage superlatif: Arpegio por Arsenio (1952).
    Impossible d'écouter un extrait de cette pièce sinon l'intégralité: à partir d'une simple figure d'accompagnement cliché, Arsenio passe en revue l'arpège, les gammes, le chromatisme, les triades parallèles, ... un expert en géométrie musicale et en improvisation, une anthologie!...
    " [...] According to his contemporaries of the 1940s, he [Arsenio Rodriguez] accomplished this in four ways:
    1) adding instruments, coordinating the rhythm patterns of all the parts, and, most notably, amplifying the rhythmic density and power of the conjunto;
    2) using patterns for the bass with an unprecedented amount of off-beat and melodic accentuation;
    3) engendering a new approach to dancing son that involved the body more and whose choreography was synchronized with the energy dynamics of the music;
    and 4) Introducing a new arrangement scheme with a climactic finale he called diablo. [...] ”
    David F. García (Dissertation chapter 9 / New York University 2003)
     
     
     
     

    N O T E S