a kick-ass listening experience for any fan of rock or jazz ...

Estudios Sencillos Complete review by Doctuses (08/06/18)

traduction: Pierre Isselin (01/12/2018)

  Le XIX° siècle témoigne d'une explosion d'intérêt pour la musique didactique du maître baroque Johann Sebastian Bach, en particulier pour les préludes et fugues du Clavier bien temperé. Les pianistes ont alors souhaité combiner le caractère didactique de l'oeuvre de Bach avec la poésie du Clacissisme et du Romantisme. Ainsi naquit le genre de l'Etude. Ces études varient considérablement en qualité et en quantité. A l'une des extrémités du spectre on trouve les Douze études d’exécution transcendante de Liszt qui n'en sont pas vraiment mais qui sont des œuvres à part entière, extrêment difficiles, des pièces de concert d'une grande rigueur formelle dont le but est de démontrer ce qu'est le grand art dans la musique d'étude. A l'autre bout du spectre on trouve un tas de méthodes conçues dans le seul but de développer la dextérité manuelle par une série d'exercices de difficulté croissante. Un refrain courant à cette époque était: «le cœur ne peut exprimer ce que les mains ne peuvent pas faire». Un exemple de ce genre de musique d'étude sera l'Ecole de la Virtuosité Op.299 du disciple de Beethoven Carl Czerny.

  La musique d'étude n'était pas limitée au piano. Non monsieur! Furent écrites Etudes et Méthodes pour chaque instrument, du violon à la contrebasse et à la guitare classique ... et pour ce qui concerne cette dernière le marché fut bientôt saturé par les unes et les autres. La fois dernière nous avons considéré la plus-que-célèbre (à juste titre) étude en trémolo de Tarrega, les Recuerdos de la Alhambra. L'étude est un genre si important pour la guitare classique que la plupart des répertoires modernes tournent autour – et ce n'est pas exagérer que de le dire – des Etudes et des Méthodes d'une poignée de compositeurs.
  Les Méthodes vont du plus mauvais, comme l'Opus 27 de Fernandino Carulli, des pièces qui sont à peine plus que de la musique de salon, au meilleur, comme l'Opus 60 de Matteo Carcassi, et jusqu'au sublime dans le cas des Douze Etudes de Villa-Lobos qui sont d'une impeccable rigueur intellectuelle, riches du point de vue émotionnel et très exigeantes techniquement parlant.

le premier exercise des méthodes & études citées
  • de l'Opus 299 de Czerny
  • n°1 des Etudes Transcendentales de Liszt
  • de l'Opus 27 de Carulli
  • de l'Opus 60 de Carcassi

  • basée sur l'utilisation du trémolo, une oeuvre pour l'étude
  • Recuerdos de la Alhambra de Tarrega
  •   Et puis il y a les Estudios Sencillos I à XX de Leo Brouwer. Dans mon précédent article, je disais que le répertoire de la guitare classique contient de véritables bijoux. Et bien, Brouwer a non seulement écrit plus d'un de ces joyaux – les Estudios Sencillos en font parti – mais, plus encore, il est lui-même l'un des tout premiers compositeurs pour cet intrument à part qu'est la guitare classique. (je voudrais ici ajouter à cette liste Heitor Villa-Lobos et Roland Dyens). En cela, je veux dire que tout ce que ce gars touche – il est toujours vivant – devient or. Né en 1939 à Cuba, Brouwer est un membre constitutif de la lignée des auteurs hispano-americains pour l'instrument, ses Estudios Sencillos en prolongeant la riche tradition.

    deux autres auteurs modernes référencés
  • Etude n° 7 de Villa-Lobos
  • Hommage à Leo Brouwer de Roland Dyens
  •   Pour comprendre le génie de Brouwer, il est capital de connaître les caractéristiques principales du riche folklore de la guitare classique et, parmi les caractéristiques de la guitare, son volume sonore limité. La triste vérité est que la guitare voudrait être un piano. Les deux sont en effet des instruments «complets» en ce qu'ils peuvent jouer harmoniquement et mélodiquement à la différence du violon ou de la flute, du tuba ou tout autre (1). Contrairement au piano qui a quatre-vingt-huit cordes, la guitare n'en compte que six. La guitare a donc un sérieux handicap: il y a seulement quelques tonalités et quelques harmonies qui soient adaptées à ses six cordes. La guitare peut descendre assez loin du côté des dièzes du cycle de quintes: Do, Sol, Ré, La, Mi et Si. Et pourtant, on ne trouvera que peu de possibilités pour aller vers les relatifs mineurs à partir de La Majeur et au-delà. Plus on progresse dans le sens des dièzes, plus la guitare s'affaiblit. La relation Fa > ré mineur est praticable mais on ne peut étendre cette relation (tonalité Majeure > relatif mineur) beaucoup plus loin. En effet, sur la guitare on ne dispose que de sept tonalités aisément jouables sur un total de vingt-quatre:

    Do > la mineur, Sol > mi mineur, Ré, La et Mi.

      Comme les luthiers et les guitaristes peuvent trouver des moyens de dépasser les limites de l'instrument, les compositeurs inventent des sonorités capables de dépasser les restrictions de volume, et l'un des moyens dont ils disposent leur vient du folklore. Car les pièces du folklore ne s'embarassent pas de tonalités impratiquables. Aussi la guitare classique s'oriente-t-elle volontiers vers les tonalités de la musique traditionnelle et les Estudios Sencillos y trouve de quoi dépasser ses limites.

      L'Estudio I, par exemple, est pour une étude pour le pouce qui réussit à combiner la technique, la sensibilité (le feeling) et l'esthétique populaire. Elle n'est pas tirée d'un morceau traditionnel, mais son caractère d'ensemble typiquement latino-américain réside dans ses attaques syncopées (1-4-2-3-1-3-4-2-4-1) et, comme j'aime les appeler, dans ses «non» harmonies, des accords-couleurs plutôt que des progressions harmoniques. Pour insister, écrire des progressions d'accords dans d'autres tonalités (que celles précédemment mentionnées) n'est pas guitaristique, mais les «non» harmonies du style de Brouwer fournissent la tension, le mouvement et au final agissent comme les tonalités éloignées d'un cycle de forme sonate.
      Poussant le traitement un degré plus loin, Brouwer laisse souvent la tonalité des Sencillos dans l'ambiguité harmonique, contournant ainsi les limites harmoniques de l'instrument.

      L'Estudio II est une étude sur les accords dans un choral. De toute évidence les deux premiers accords ne sont pas des triades, mais plutôt un mixte d'accord suspendu et d'accord bizarre avec sensible. Un pianiste n'aurait pas été poussé à écrire ces accords, mais Brouwer si. Quels qu'ils soient, ces accords sont «ouverts». L'harmonie traditionnelle est toute entière fondée sur la relation de tierces. Cela n'a aucune importance pour vous si vous n'êtes pas un théoricien de la musique, mais vous vous apercevrez obligatoirement de cette absence de tierces. En effet, le choral, avec son évitement de tierces, produit une atmosphère de sérénité, de rêve décontraint, tout en insinuant pour l'exécutant par un doigté et une position de la main, volume et caractère. De la première à la dernière (I à XX), toutes ces études ont recours à ces évitements et de l'harmonie traditionnelle qui confèrent ce caractère idiomatique, brouwerien, brillant à tout le groupe. Un vrai éclat de pierre précieuse.

      L'Estudio III illustre combien il est ridicule que les Recuerdos de Tarrega soient l'une des pièces les plus connues du répertoire de la guitare classique. La III est une étude pour la main droite non pas en tremolo mais en attaques rapides du pouce (p) du majeur (m) et de l'index (i). Comme dans les Recuerdos, le tempo et l'attaque sont constants d'une mesure à l'autre. Le procédé n'est pas différent de celui des Recuerdos et de centaines d'autres piè-ces qui ont été écrites dans le même genre. Ces pièces sont simples, fraîches et si je les apprécie, elles ne méritent certaine-ment pas l'attention exagérée qu'on leur prodigue. Du point de vue formel, les Recuerdos ne sont pas meilleurs que l'Estudio III et vice versa. Mais cette dernière ne cherche pas à donner l'illusion du grand art: elle capte votre attention, vous fait vous exclamer «oh!» et poursuit. Les Recuerdos se languissent dans leur romantisme, alors que, disons le tout net, l'Estudio III est bien plus fraîche.

      L'un des principaux aspects qui opposent la guitare et le piano est le rythme. Les rythmes du piano tendent à la régularité même quand ils sont fortement syncopés. Ceux de la guitare peuvent sembler originaux et amusants alors que ceux du piano ne le sont pas. Cela, à nouveau, a probablement quelque chose à voir avec les caractéristiques sonores réduites et les remèdes créatifs qu'on leur trouve, et Brouwer est un maître pour démontrer combien la guitare peut être harmoniquement et rythmiquement si riche.

      L'Estudio V en est un [autre] exemple. C'est encore une étude pour la main droite qui met l'accent cette fois sur deux séquences: p-i-a-m-i et p-m-i-p-m-i. Mais c'est le rythme qui vous fait aimer cette pièce. Il y a de grandes chances pour que vous pensiez que la V demande beaucoup d'énergie. Ce n'est pas le cas. Il vous faut plutôt sentir sa respiration en profondeur, des soupirs toujours plus profonds à mesure qu'elle vous transporte plus de hauteur. Combiner cela avec le sens de l'harmonie si personnel à Brouwer et vous avez là l'une des plus belles pièces de l'ensemble.
      La V n'est pas la seule pièce qui tire son importance du rythme. Elles le font toutes. Il y a une mise en avant de la danse de part et d'autre des Estudios Sencillos, chose qui manque aux méthodes du XIX° siècle et vous sentez certainement le présence de la danse dans l'Estudio VI, encore une étude pour la main droite en 3/4 cette fois. Jusqu'à présent, la VI est la plus difficile techniquement parlant parce qu'elle demande à l'étudiant de tenir la plus longue phrase vue jusqu'alors: p-a-m-i-a-m-i-p-a-m-i-p.
      Comme vous pouvez le remarquer, le début et la fin de la phrase sont jouées avec le pouce. Ceci impose à l'étudiant un mécanisme de la main droite très important en même temps que la musique ondule d'avant en arrière. Il faut entendre ça. Bien que le tempo ne soit pas précisé, il faut ici jouer allegro. Ici, une fois encore, Brouwer utilise des «non» harmonies pour leur couleur et met en relief une simple ligne de basse qui fait descendre la main gauche sur le manche de la-mi dans les aigües jusqu'à la basse.

      Dorénavent, vous devez sentir ce vers quoi Brouwer conduit harmoniquement et rythmiquement. Les vingt Estudios sont écrites dans ce style qui lui est propre; il serait alors trop académique de le pointer pour chaque étude, prise individuellement. Faites en sorte que ce que je viens de dire de Brouwer serve aux études restantes: c'est foutument (sic) rafraîchissant. Maintenant donc, à mesure que nous poursuivons, je mettrai en lumière l'aspect technique de chaque pièce et son caractère.

      L' Estudio VII est une fringante étude de vélocité. Lo mas rapido posible, cela exige de l'étudiant qu'il coordonne la main droite et la main gauche dans l'exécution d'une ligne mélodique unique renforcée par des accents et des liaisons.

      L' Estudio VIII est une étude contrapuntique à deux voix qui exige de l'étudiant qu'il sépare les deux parties au lieu de les faire résonner ensemble comme si elles tombaient sur le même temps. Ce schéma est interrompu par la suite de la pièce en p-i-m qui demande à l'étudiant de mettre en avant la basse qui reproduit le contour du contrepoint précédent: maintenant seulement l'exécutant doit la séparer de l'arpège rapide de la main droite.

      L'Estudio IX est certainement la plus sophistiquée des dix premières. Elle exige de l'étudiant qu'il combine chacun des mécanismes étudiés précédemment dans une seule pièce: vitesse, liaisons, rapidité de la main droite, positions de la main gauche, rythmes de danse et séparation des parties. Ces sonorités sont amples et il y a en elles quelque chose de pastoral.

      L'Estudio X clot le premier groupe.Dix ans séparent la composition des deux groupes. Dans le deuxième groupe, Brouwer transformera les études en des pièces sophistiquées qui considèrent que l'étudiant doit avoir acquis les réflexes qui étaient l'objectif des premières dix études. Brouwer demande alors à l'étudiant de développer sa musicalité, et la X permet de voir si l'étudiant sait articuler le phrasé dans des passages en crescendo, sforzando, legato, staccato et des silences stratégiques.
      Si l'étudiant y parvient, il (elle) est prêt(e) à passer au deuxième groupe.

      Les Estudios Sencillos sont essentielles pour le guitariste classique, non seulement pour leur vertu pédagogique mais aussi pour leur poésie et la communauté de la guitare classique a raison de les enseigner à chaque débutant. De la première à la vingtième, les Estudios Sencillos sont des exemples probants de la réunion de l'étude de la musique d'avec la musique du XX° siècle. Et même si vous ne les jouez pas, les Estudios Sencillos demeurent une véritable révélation (un salutaire coup-de-pied au cul). Tout fan de rock ou de jazz, de la guitare en général en conviendra. [...] (2)


    Notes du traducteur

    (1) l'auteur semble oublier le clavecin, la harpe et l'orgue.
    (2) les Estudios Sencillos XI à XX seront considérées plus loin.

    Leo & le rock

    [...] Los mejores amigos míos son jazzista y rockeros [...]
    [...] Puedo decir que mi música se toca en todo el mundo, incluso puedo decir con todo orgullo y satisfacción que músicos populares, grandes rockeros, artistas de música popular --como los grandes jazzistas— han conocido la guitarra a través de mi música. [...] Y no solo ellos, por ejemplo, uno de los más grandes salseros, Juan Luis Guerra, estudió guitarra por mi música. No es un clásico, pero por eso mismo, me llena de orgullo que un músico tan grande en el terreno de lo popular sea mi amigo y haya estudiado la guitarra por mí. [...]
    [...] Elvis Presley nunca hizo una obra duradera ni mucho menos; fue un fenómeno de popularización, genial, por supuesto, si no, no lo hubieran popularizado. Lo tomaron para enfrentar un verdadero problema nacional que tuvieron los Estados Unidos de los 40 a los 50, y es que el rock era negro. La diferencia con los Beatles es enorme. Elvis Presley no fue él, sino un aparato industrial descomunal, así como los Beatles hicieron el suyo propio. Por ello, mientras Elvis era empujado por gentes y cerebros, los Beatles, con mucho más talento, se auto-crearon una industria cultural que en Elvis era impulsada oficialmente.[...]
    La música, lo cubano y la innovación (III) revista Bohemia / Habana Radio (2019) (2017)
    [...] Durante su estancia en la Gran Manzana compuso la serie 20 estudios sencillos a la que algunos críticos describen como expresiva y experimental desde el principio. También hay cibernautas cuya opinión es en realidad una pregunta: ¿Qué estaba fumando el maestro cuando compuso esos estudios?[...]
    [...] I love heavy metal guitar. Heavy metal guitarists have no inhibitions and they play like gods. They play freely and do not look at the fretboard, which wastes time. They understand the palette of sound and harmony. Compared to classical guitarists, rock and jazz guitarists are very open.”
    Leo Brouwer at 80 by Julia Crowe (2018)