Guitare et clavecin
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Malgré que Debussy pût sembler les opposer (" la guitare, un clavecin expressif!") guitare et clavecin deviennent une paire complémentaire au XX° siècle avec deux oeuvres du mexicain Manuel M. Ponce:Sonata for Guitar and Harpsichord (1926) ... Peter Yates and Nadia Shpachenko (2009) Prélude pour guitare et clavecin (1936) ... Machaca & Morgan Szymanski (2006) Peter Kun Frary (2000) fait remarquer que cette référence à l'univers baroque contient pourtant des [...] inauthentic elements, common to most of Ponce's pastiches, are a lack of ornamentation and the idiomatic nature of this piece on the guitar [...] .C'est donc une tournure d'esprit toute empreinte de paradoxe historique et géographique (le clavecin fait référence non-seulement à l'univers baroque mais aux musiques européennes) qui fait transcrire à Julian Bream le Fandango du Quintet en Ré, G.448 de Boccherini. Le britannique qui semble s'amuser de toutes ses "impostures" n'hésite d'ailleurs pas à adapter la partie du clavecin pour une deuxième guitare, partition qu'il interprète lui-même en duo grâce à un montage télévisuel où il joue de connivence feinte avec son reflet. Tout ce qui tourne autour du clavecin semble donc ravir ce que l'on pourrait appeler un "conservatisme anti-conformiste". C'est d'ailleurs une thèse de Eugenio d'Ors que le baroque est un courant souterrain éternel qui déborde cycliquement le classicisme toujours ressuscité.
" [...] El Barroco es una constante histórica que se vuelve a encontrar en épocas tan recíprocamente lejanas como el Alejandrinismo lo está de la Contra-Reforma o esta del período «Fin de Siècle»; es decir, del fin del XIX, y que se ha manifestado en las regiones más diversas, tanto en Oriente como en Occidente. [...] "
(Lo Barroco / Eugenio D Ors Y Rovira - 1935)
L'impulsion donné par le compositeur mexicain s'étend jusqu'en Amérique du Sud où Abel Carlevaro donne une adaptation de son Concierto del Plata (1978) dans laquelle le clavecin joue une réduction des parties de l'orchestre: Concierto para Guitarra y clave (1999)Arnaud Dumond associera guitare et clavecin (Michèle Delfosse) à la préhistoire dans ses Miroirs de Lascaux (1971). de Leo Brouwer, une intéressante version de la Micropieza II (1992) par Reinhold Westerheide en duo avec Annelie de Man (clavecin). Reinhold lui-même est l'auteur d'une composition pour guitare à douze cordes et clavecin: Balance (1989) selon Chiel Meijering c'est prosaïquement l'épilation (!?) qu'ils illustreront: A Lady Shaves her Legs (1981) dans le contexte d'un double concerto Guido Santórsola: Doble Concierto para guitarra y clave y orquesta (1973) Stephen Dodgson: Duo Concertante (1968) ... John Williams and Rafael Puyana (1971) il existe chez Karlheinz Stockhausen - dont l'utilisation de la guitare électrique dans le Tierkreis (1975) rappelle John Mc Laughlin et Miles Davis (Bitches Brew 1970) - un Duo Cembalo - Gitarre (T. 174) dans Der Jahreslauf (for orchestra & tape 1977) où la guitare prend des inflexions de koto. Dans ces années 70 le clavecin fait de brèves mais précises intrusions dans l'univers de la pop-rock et du jazz : ![]()
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à ce propos, il est impossible de ne pas commencer par l'association guitare électrique et clavecin utilisée par Jimi Hendrix dans Burning of the midnight lamp (1967). "certains disent que c'est le pire enregistrement qu'on a fait. Moi, je trouve que c'est le meilleur.. même si la technique n'est pas extraordinaire, même si le son est un peu brumeux et même si on entend pas très bien les paroles, ça reste une chanson qu'on écoute et sur laquelle on revient souvent. [...] C'est vraiment un titre dont je suis fier. La chanson m'est venue comme ça, pendant l'enregistrement du précédent album. Je ne joue ni piano ni clavecin, mais j'étais arrivé à aligner ces différentes petites notes. Et tout est parti de là."ce morceau donne lieu à une reprise à la guitare classique par Ben Verdery quarante ans plus tard. guitare électrique et clavecin selon Jimi Hendrix? Peter Hatch s'en souvient lorsqu'il donne sa version de Hey, Ho, Jimi's Joe (1989) Erroll Garner consacre un disque entier au clavecin Paris Impressions dont nous retenons Paris Blues (1958) une belle combinaison guitare, clavecin et percussion chez Airto Moreira dans Liamba (1971) ... Hermeto Pascoal est au clavecin!... le producteur et conseiller musical des Beatles, George Martin fait mentir Debussy lorsqu'il joue un solo de clavecin très expressif dans un univers instrumental dominé par la guitare: In My Life (1965) ... et dans cette perspective en trompe-l'oreille où le retour inopiné de l'instrument ancien-régime par excellence vient challenger celle qu'il avait évincée des salons trois siècles plus tôt, la guitare cherche à reprendre au clavecin son expressivité Dietmar Hermkes (2008). réciproquement, le rock entre dans les répères musicaux de l'avant-garde, comme chez Gyorgy Ligeti qui signe un Hungarian Rock (1978). pour Leo Brouwer, l'association guitare-clavecin pousse son pouvoir d'évocation jusque dans le monologue intérieur du personnage principal de Memorias del Subdesarrollo (1968) de Tomás Gutiérrez Alea. ![]()
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De tout ceci, il faut retenir comment le pouvoir d'évocaton d'un instrument semble affirmer que l'ouie ubiquitaire est aussi sourde aux repères visuels de l'histoire: c'est donc ce sens généralement moins éduqué que l'oeil, ou, si l'on préfère, dont l'éducation, quand elle a lieu, reste somme toute animiste, irraisonnable dans la mesure où elle inverse le temps, où elle croise des vies, des sentiments et des personnages comme dans le real maravilloso de Carpentier. Leo Brouwer des années 60-70 est lecteur de Marshall McLuhan et l'on peut alors apprécier comment le Village global est aussi un melting pot et et une fin de l'histoire.
C'est à cette condition que l'on comprendra que le goût n'est pas mauvais dans ce qui serait autrement pris pour une confusion des genres; Leo Brouwer s'amuse du rock baroque du disque Vivaldi: the meeting (1973). La sensualité attribués aux ressortissants de La Isla de las mil cuerdas, c'est aussi cette aptitude à vivre en permance entre plusieurs ères culturelles, entre deux typhons, entre trois races, avec ces conservatoires secrets mais permanents qui, avec les institutionnels, produisent la transculturation selon Fernando Ortiz, un monsieur très comme il faut qui vivait entre un clavier et des tambours batá. Si nous ne possédons aucun document sonore de ce précurseur, on peut imaginer ce qu'elles furent à partir d'une rencontre - Cantata a Babalú Ayé - entre Lazaro Ross, l'un des plus grands représentants de la tradition des tambours batas et Chucho Valdes au Festival Jazz Plaza de 1997 à La Havane. Ensuite de quoi, pour en revenir à l'orchestre féminin du prêtre roux "dévoyé" par Alejo Carpentier, écoutons le Camerata en Guaguancó de Guido Lopez Gavilan par la Camerata Romeu.
Peut-être l'oeuvre pour clavecin et percussion de Iannis Xenakis intitulée Komboï (1981) laisse-t-elle entendre quelque chose en ce sens dans le registre de la musique contemporaine?
A Cuba enfin, en 1978, Rembert Egues utilise le clavecin dans Paseo De Domingo.![]()
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La tradition et l'impulsion des années 60-80 continuent de susciter des vocations: ainsi le brésilien José Negrin qui produit plusieurs sonates pour clavecin et guitare électrique dont cette Sonata in E Minor (Preludio) (2011). En Amérique latine le clavecin semble se tenir toujours là, dans l'ombre de la colonisation, pour exprimer A Volta Barroca (Kristoff Silva - A Outra Cidade 2005 )