Extrait d'une lettre à Arnaud Dumond, lui exposant l'esprit de JAMMIN' LEO
[...]   Ainsi JAMMIN' LEO, c’est l’irruption d’une bande de nègres (1) dans le salon de musique d’un peintre flamand (cf. arrangement de l’Etude 4). Mais l’inverse est vrai : c’est le mardi-gras d’une troupe de babtous (2) piétinant les autels des orishas. Et plus simplement, c’est du métissage imaginaire autant que des aventures de pirates en chambre. Vous êtes alors en musique dans une île au trésor, sérieux et convaincu comme un enfant: vous vous emparez des signes musicaux et vous en faites des plumes à vous ceindre la tête, à faire ouh ouh, pourvu que vous sachiez trouver le son, au moment où il peut seul exaucer cette poursuite d’un rite sans mémoire.
  Planétaire au sens d’Internet, cette musique figure aussi dans la base des liens vifs (site Internet = coût très limité = liens vers les autres sites de référence = toujours en évolution = en concert ): ainsi vous verrez comment votre interview de Brouwer (vous le stimulez, c’est évident) devient par la seule mise en liaison des dictionnaires et des homepages, un tissu de relations (que j’ai appelé dans mon précédent courrier une constellation). C’est la raison pour laquelle je peux limiter les données définitives du CDrom : il contient ce savoir arrêté - qui fait tableau (la représentation de Foucault) - mais il le peut pour notre jouissance de cybernanthrope parce que, marin qui ne navigue plus, je mets dans les bouteilles que j’ai vidées quelques secrets et mœurs de la flibuste, en évitant d’y enfermer la moindre goutte de la mer océane. Ainsi verserons nous, ayant mis à sec le tonneau du rhum spirituel, une larme sur notre sort d’être à jamais privés des concertis, ces galions des rois, que jamais nous ne compterons dans notre flotille d’esquifs rapides et légers, nous les frères de la frette.   [...]
(aussitôt dit, Arnaud Dumond se mettait à l'écriture d'un concerto )
 Erro
Erró - American Interior No. 1 (1968)

  les deux films cubains (1 & 2) contemporains de l'oeuvre de Brouwer sont des symétriques-inverses
  1) dans la deuxième partie de La Ultima Cena (Tomas Gutierrez-Alea 1976) les esclaves, encore moins que la domesticité, dénaturent le rituel auquel ils ont été conviés, la foi (et les autres vertus théologales) du maître se révèlant impratiquable, puisque incapable de faire se résigner les uns, lui ne renonçant jamais plus que quelques heures à l'exercice d'une oppression-répression sans pitié.
  2) dans le générique de Cecilia (Humbertos Solas - 1982) une procession de blans phagocite un rituel d'esclaves africains, les chants de ceux-ci étant progressivement couverts par les choeurs de ceux-là, une séquence pacifique mais néanmoins démonstrative de la dominance musicale (culturelle) des uns sur les autres;