ETUDE X ... le texte original
Etude X: la plus tonalement primitive ?
  L'Etude X commence par deux accords de type 1 b7 b3 = accord mineur sans 5te, dont les 3 voix évoluent parallèlement, ce début harmonique contrevenant aux recommandations de l'harmonie tonale. (ces accords primaires, archaïques, sont des modal chords, à la manière des guitaristes de blues, qui peuvent être joués "tout en cordes à vides" ou avec "un seul doigt en barré".)

  Ensuite, c'est, pour la troisième fois dans ces dix Etudes Simples (cf. #3, #9), un motif en appogiatures comme "mélodie". (on n'ose plus employé ce terme, sinon pour éviter celui de "single notes line").

 
M. Doherty joue l'Etude X
 
  Ni n'irons plus chercher chez Sor ou chez Villa-Lobos ce qui, de toute évidence, revient à ... Muddy Waters : Hoochie coochie Man.
  Le deuxième aspect dans la "simplicité" du motif de l'Etude X, c'est le choix des notes dans la logique de l'instrument plus que dans la logique tonale. En effet, comme les accords parallèles, les notes choisies pour le motif en appogiatures sont données par la guitare :
  • un schéma de deux notes consécutives ( sol dièse > sol bécarre = case 4 > case 3)
  • complété par un groupe similaire sur la corde suivante (ré bémol > do = case 2 > case 1 )
  • ce schéma est transposé de cordes en cordes

    Exercice typique d'échauffement Warm Up Exercises du guitariste de jazz depuis Django Reinhardt.

      Dans un contexte purement tonal, nous trouverions quelque chose comme :
  • des appogiatures régulières autour d'un contour de Mi7.

     
    Musique de motifs: Bartok et les Africains
      Ce mode de construction "à la manière d'une mosaïque", Bela Bartok dès 1931 le pensait commun aux musiques populaires, hongroise, russe, arabe, ainsi qu'au Sacre du Printemps de Stravinsky. Au jazz, au blues, à la bossa nova, ajouterons-nous.

    [...] Le compositeur n'utilise plus des airs à structure fermée, divisée en 3 ou 4 vers, ou davantage, mais plutôt des motifs de 2 ou 3 mesures, en les répétant à l'ostinato. [...] La répétition de motifs primitifs provoque une excitation fiévreuse très particulière" [...] extrait de Influence de la musique paysanne sur la musique moderne - Bela Bartok (1931)

     
      Ceci est valable pour : ... toutes musiques de "pattern" si l'on veut ...

    pattern hongroise pattern africaine

      Aujourd'hui, la musicologue Jadranka Hofman-Jablan produit une analyse très poussée de la logique des motifs (vide infra), une tradition esthétique vivace en Europe Centrale, dans la Hongrie de Ernö Lendvai, mais aussi dans la Cuba de Hector Angulo. Elle s'appuye autant sur l'étude des sociétés primitives que sur la logique mathématique et sur les sciences de la nature (cristallographie), ce qui lui permet de parler d'un art du génome (Todd Barton).

      L'emploi de cellules discrètes - certaines d'origine africaine (cf. Guitar Review #75) - dans les oeuvres de Léo Brouwer comme l'Elogio de la Danza ou La Espiral eterna, ...

    Elogio de la danza

    [...] We felt the possibility of making a whole world of total abstraction and, let's say, the national roots. But not as a collage, and not as a contradiction because you can get total abstraction out of national elements or roots, and get a vital flavor. This was something beautiful and important. The essential elements ofthe national roots of any country are absolutely abstract. I'm not talking about the superficial elements like, in Cuba, the maracas, the bongos and the cha—cha—cha. But if you go to ritual Afro-Cuban music, and you analyze the melodic part of that, the elements are as common as Byzantine or Gregorian chant. These elements - particular endings and rhythmical inner relationships - are profound, almost abstract, and common to many things in Cuba. Africans came here as slaves. They preserved tradition; they didn't develop tradition because they were so far from the source. They had to preserve it as an historical background, a foundation. Today, Africans come to Cuba to discover this. In Africa evolution continues, but not in Cuba.[...] extrait de Interview with - Constance McKenna (1988)

      Notons qu'ici, Leo Brouwer semble bien proche des conceptions de Paulus Gerdes qui travaille depuis longtemps sur les "mathématiques africaines" (vide infra).
    [...] Gerdes's story is a useful parable for music theory, and perhaps cultural interpretation more generally. [...]
    Basket cases (2011) by Dmitri Tymoczko


     
    écoutez cette oeuvre en entier par A. Dumond : Lento - Obstinato

    ... se trouvent également dans les Sonatas de Dominico Scarlatti, dans les danses de la Suite baroque, chez Scriabine (toutes références couvertes par des interprétations et des oeuvres de Léo). C'est un art dont la puissance narrative n'est en rien limité par son aspect "modulaire".

    Sonata K.380 de Domenico Scarlatti


      La même Sonata K.380 par Leo Brouwer (Douze Sonates de Domenico Scarlatti - Erato 1974).

      Si l'on en doutait, l'écoute du Décameron negro (1983) de Leo Brouwer et la lecture de Leo Frobenius ou de Paulus Gerdes viendraient remettre la "simplicité" primitive comme une des clés de la modernité.
    [...] Since I begun to compose in 1955 until now, I have taken the elements of the Cuban popular music. What I take are the cells of the most antique music, which are the African ritual music. I have taken rhythmic and melodic cells that are archetypes and I have elaborated them into a more universal context. For me the ideal thing would be that they transcend in the space and the time the same way Roldán and Caturla did, for example.[...] extrait de Documentales Sobre el Musico Cubano Mas Importante del Siglo XX - (1988)

    visualisation des motifs de musique africaine