ETUDE VI ... le texte original
Etude VI : sous les arpèges, de nouvelles formules ...
  La deuxième série d'Etudes Simples commence avec l'Etude VI, d'une facture typique de l'étude pour guitare : arpège en escalier, c'est-à-dire une pente principale compensée par des sauts réguliers en sens contraire.
  Souvent ces études en arpèges étagent trois parties comme dans l'Etude 6 de l'opus 31 de Fernando Sor (1828) :
  1. une figure d'arpège rapide, ici triade en triolets = 3 par temps
  2. une mélodie interne, ici à la noire : contour = 1 3 1 3
  3. une basse fondamentale de longue durée = 1 mesure complète


  L'arpège respecte, dans un flot de notes continu et régulier, l'autonomie alternée des parties: chant contre accompagnement ou bien "polyphonie simulée".


  Dans un style plus moderne, plus axé sur l'exploitation virtuose de l'instrument, les arpèges en escalier utilisent les six cordes de la guitare, Etude I de Villa Lobos (1920) : la construction ascendante en escalier (haut, bas, haut, bas , ...) suivie d'un retour descentant (bas, haut, bas, haut, ...)
ce style "guitare-harpe" suit une harmonisation caractéristique: 1 5 8 10 12 (16)

  L'art de la construction en escalier repose sur le choix d'un intervalle dans le sens principal compensé par un intervalle plus petit en sens contraire:
  - dans l'exemple de Villa Lobos, 8ve ascendant + 4te descendante = gain en hauteur d'une 5te, puis 6te et 3ce d'où 4te, etc ...



  Dans l'Etude VI la mélodie repose sur l'intervalle de 2de mineure (cordes 1 et 2) - le son le plus mélodique / le moins harmonique - qui s'agrandit à partir de la 3° mesure à la 3ce, puis à la 4te ... combiné avec une triade en arpège évoluant de la 5te à la 6te, à la 7ième ... à l'8ve .
- cette "réduction mélodique" sera très utile pour élaborer un thème.


Etude VI : Contrastes simultanés

  La forme de cette Etude VI, pour la première fois dans ces séries d'études, pose un double contraste entre deux parties : modal / Majeur, ternaire / binaire.

A B
mes. 1 à 22mes. 23 à 33
La modal La Majeur
3 temps 2 temps
  M.M. Doherty joue l'Etude VI



Etude VI: digressions sur une texture en attente d'histoire

Les trois notes mi, ré#, do# - jouées sur trois cordes - dans l'Etude VI ne semblent-elles pas soeurs de la cellule initiale de la Spirale Eternelle ?


  L'Etude VI qui "peut admettre de nouvelles formules" est l'occasion de laisser parler des anecdotes et des citations diverses, quand le texte lui-même ne semble pas contenir de thème organisateur. Cette très belle trame de Brouwer, c'est à l'occassion d'une épure entendre la remontée des éléments naturels de la musique et de son cortège de fables.
  Dans l'Etude VI la guitare respire sous une ondulante trame ouverte à plusieurs formulations
Formule de Philippe Paindavoine


  L'Etude VI à trois parties superposées déroule une trame continue dans laquelle l'interprète devra glisser tous les secrets de la "simplicité" : elle préfigure dans son principe d'autres pièces plus modernes - ou plus "simples" encore - comme la Espiral Eterna qui exacerbe l'enroulement du son sur des intervalles de 2de par le jeu sur les cordes 1 2 3 (4). Dans sa première partie, cette ouvre utilise pas moins de 24 modules où domine la 2de mineure.
  Si l'on répète à loisir que les Estudios sencillos traitent chacune d'une difficulté technique de la guitare, on oublie souvent de considérer les mêmes pièces comme des difficultés proprement musicales ou expressives. Or, il n'est jamais tout à fait certain que la résolution des unes mènent aux autres. Autrement dit, en même temps que l'on travaille ces études pour la maîtrise de l'instrument, on doit ouvrir les oreilles pour entendre
  • combien la notation musicale et le rendu acoustique sont deux choses: si la notation dit comment les mains doivent travailler (les signes musicaux sont alors des instructions pour les doigts), elle ne rend pas compte de la résonnance obtenue par une lecture et une réalisation correcte (la résonnance finale ne peut être notée parfaitement)
  • c'est pourquoi avec Brouwer, la notation valable pour un niveau de considération de la musique (les paramètres de hauteur, de durée, les accents et le phrasé sont notés ) il y a bien d'autres paramètres qui deviennent aléatoires (tempo, répétition, ...) ou plutôt qui doivent être envisager dans une autre dimension musicale.

      C'est ainsi que l'on peut trouver dans cette oeuvre didactique des éléments musicaux (modulos) qui seront repris dans des oeuvres de concert plus ambitieuses. A moins que ce ne soit le contraire. Entre l'Etude VI (1960) et la Spirale éternelle (1970) il y a en définitive guère de différence pour une oreille "contemporaine". L'une est une éducation douce de la main et de l'oreille qui mène à l'exacerbation de l'une et à la décision de l'autre sur les "mêmes notes". Ainsi on trouve dès l'Etude VII de 1959 le Lo màs rapido posible.




    Des raies de musique (qui rappellent les disques de Benham)

      Le pouvoir captivant, quasi-hypnotique de l'arpège à la guitare, Brouwer le récapitule ainsi dans une Interview avec Rodolfo Betancourt de 1997 :

    "The guitar harp is a guitar-orchestra in which all the orchestral compositional elements are closer to the orchestra than to the traditional guitar clichés. I always use the "Guitar-Harp", a resonant guitar. I try to avoid the percussive or melodic guitar. The basic harmonies I use, when they are simple chords, are chords that rest obeying the "law of opposing forces". These harmonies involve small - I could say even miserable- thematic materials. Four foolish notes give me the pretext to compose a work of big dimensions. The melody was the queen of music for a long time, a thing that doesn't happen now. My harmonic language is based in the extensive use of the sound spectrum in the same way as Ravel, Debussy or Charles Koechlin. These composers used to orchestrate departing from a harmonic phenomena: open low pitches, close medium pitches and very close high pitches."

    guitare-harp harmonic sound spectrum