ETUDE II ... le texte original
Etude II: formule chorale selon Leo

  "CORAL", c'est une indication donnée par Léo pour comprendre son Etude II.
  Si l'on veut rapprocher cette partition de l'écriture chorale, il faut d'abord en situer les notes dans un schéma SATB . On s'aperçoit alors que l'édifice SATB est décalé :
  • les trois voix supérieures SAT commencent sur le troisième temps
  • la Basse entre à contretemps (sur le deuxième temps)
  • la base mélodique est une "interchange" entre deux accords à la noire (seg.a) , répété en croches (seg. b)
     
    M. Doherty joue l'Etude II

      Pour avoir le sentiment d'une écriture chorale, il faut donc d'abord régulariser le régime rythmique des quatre voix,
      Ensuite, pour rapprocher ces groupes SATB d'une harmonie à quatre voix, il faut souligner les dissonances = les secondes formées par SA sur le premier accord et TA sur le deuxième, la pédale de Basse.

    L'enchaînement est dérythmé à la blanche


      Le modèle harmonique consonnant à quatre voix est obtenu par :
  • permutation de l'Alto
  • remplacement de la pédale de Basse par un mouvement de seconde
  • répétition du Ténor
      Ainsi obtient-on une enchaînement d'accords clairement identifiables : v7 6 est un accord mineur avec septième et 3ce à la Basse. Ce renversement de l'accord 1 b3 5 b7 évite les mouvement parallèles d'un enchaînement des deux mêmes accords avec fondamentale à la Basse :
      C'est ici le lieu pour pointer qu'en ces premières mesures, l'Etude de Brouwer est écrite dans le mode myxolydien, mode Majeur sans sensible ...
    dont la conséquence harmonique est l' absence d'accord de Dominante ...
    ... qui lui donne une tournure archaïque du point de vue tonal, mais très "ecclésiastique" pour un choral.

      On voit ici comment de petites opérations sur les voix font passer un "interchange" harmonique anodin en une conduite de voix SATB "chorale". C'est ainsi que nous pensons l'annotation de Léo et c'est aussi pour bien exprimer l'ensemble des voix en valuer longues qu'un tempo LENTO est requis.

      Mais après voir gommer le rythme, il faut y revenir pour en apprécier le caractère pluriel du choeur:
      Et, comme c'est souvent le cas à Cuba et avec Brouwer, le principe "classique" se double d'une tradition africaine: incantation à Eladde Osun, un apport typiquement cubain à la solennité chorale:


    Un exemple caractéristique de chant choral moderne de Cuba, dominé par le jeu antiphonal, avec de magnifiques chevauchements rythmiques guidés par la clave :
    El almuercero par la Schola Cantorum Coralina,


    Un second exemple de question-réponse dans la tradition vocale yoruba de Cuba:
    Canto a eleggua par la Sexto Sentido (2014)

      Il n'existe, à ma connaissance, qu'un seul musicien pour avoir "joué le jeu": Marco Cappelli qui donna dès 2000 une version "chorale" de cette pièce, dont jadis il me fit parvenir gracieusement, à ma demande, un exemplaire. Qu'il en soit remercié!


      Oubliant les hauteurs de son, nous pouvons isoler le rythme - deuxième dimension de l'Etude - dans sa dynamique pure
      A un tempo plus rapide (noire = 100), il pourrait évoquer une danse, la Gavotte,par exemple, avec son départ caractéristique sur la deuxième moitié de la mesure (segment a), sa césure (c) et son complément (segment b).
      Cette interprétation, qui déplace une pièce de caractère vocale vers le terrain de la musique instrumentale, permettra de paraphraser à tour de rôle les éléments SATB (en les permutant) tout en donnant à l'ensemble un caractère rythmique proche des figures de danse. Et nous verrons comment nous y sommes poussés par l'exemple même de Léo.