Les enxaquetados sont un type de carreaux propre à l'azulejaria portugaise.

  Le plus simple des enxaquetados est un "losange carré" (ou, si l'on préfère, un carré "la pointe en haut") noir sur fond blanc.

fig 0

  Les enxaquetados sont répétés par translation pour couvrir une surface telle qu'un mur ou une partie d'un mur. Il doivent produire un effet de damier (ou "échiqueté") alternant des carrés blancs et noirs en diagonale (parfois bleus et/ou verts); pour ceci, on peut utiliser au moins trois carreaux différents:
mais
fig 1-1 fig 1-2 fig 1-3 fig 1-4
  La logique de l'enxaquetado repose sur la relation de symétrie "diagonale" du carré ou de la rotation à 45° (dans l'exemple #4 la rotation est de 40°).
  La relation entre le côté du carreau (c) et sa diagnoale (d) est donnée par le
théorème de Pythagore (d = c√2).


  Dans le plus récent inventaire, tout azulejo présentant une symétrie diagnole mérite le caractère "enxaquetado" quelle qu'en soit l'ornementation.
fig 2-1 fig 2-2 fig 2-3 fig 2-4 fig 2-5 fig 2-6 fig 2-6
  avec ce type d'azulejos une pose en rotation est nécessaire pour un rendu enxaquetado

Ainsi, l'enxaquetado moderne est une unité à quatre éléments en rotation, dont le principe est la structure en damier et son contraste binaire:
  • alternance noir / blanc
  • alternance bleu / jaune
  • alternance croix / cercle

  • Les enxaquetados authentiques (XVI° et XVII ° siècles).
      Cependant, avec les azulejos "industriels" disparait le style pur des enxaquetados qui furent une géométrie "sacrée", une période de l'azulejaria portugaise dépouillée de toutes décorations superfi-cielles. Car les enxaquetados excluent non seulement toutes références figuratives, réduisant les couleurs à deux ou trois, mais ils se composent entre eux (entre panneaux), tendant un réseau complexes de grandes lignes qui doivent mettre en valeur des éléments architecturaux de tailles et formes diverses. Par leur limite à l'essentiel, ils évitent le fouillis et les bigarrures des juxtapositions profanes.
      A de rares exceptions près, dont les clochers (cf. Sao Vicente / Madère), les enxaquetados "authentiques" sont des azulejos "intérieurs" (pour ne pas dire d'intérieur), rarement utilisés hors d'un édifice religieux (couvent, cloitre, église, chapelle, ...). Non figuratifs, ils sont abstraits, régis par la géométrie plane mais ils ont aussi une portée symbolique; ils sont aussi des signes qui ne sont pas sans rapport avec l'héraldique dont ils partagent la partition.
    fig3 damier (rectangulaire) dans le blason

      La seule règle de composition, indépendament de la forme et de la taille, est l'alternance des couleurs dans les lignes et dans les colonnes (comme sur un échiquier ou damier).

    En effet, l'introduction de couleurs reste le plus sur moyen de "désymétriser" une figure symétrique, de transformer une partition de carreau en pavage apériodique. (cf. Wang et exemples)

    L'effet final (voire leur portée symbolique), leur rythme et leur équilibre dépendent de leur pose en diagonale ou "la pointe en haut".
      Alors que l'azulejo "industriel" (à partir du XVIII° siècle) - par opposition à "artisanal" - sert principa-lement à la décoration des façades des habitations, l'enxaquetado doit s'harmoniser avec un dessin architectural précis:
  • enxaquetados en opposition panneau ☍ bordure.
  • enxaquetados en deux panneaux / surfaces et motifs = grand ☍ petit.
  •       parfois jusqu'à des rapports extrêmes
  • enxaquetados en quatres panneaux de surfaces et de motifs variables.
  • enxaquetados constrastant par la dimension et la complexité.
  • enxaquetados en bordures pour des colonnes.
  • enxaquetados s'intégrant dans les ogives de pierre.
  • enxaquetados intégrant les courbes des voussures manuélines.
  •   Les deux grandes particularités des enxaquetados "authentiques" se résument à ceci
    1. ils sont composés de carreaux différents, et si on les présente en panneaux (49 pièces, 121 pièces) dans les musées ou les expositions, leur logique procède par modulo (les plus fréquents étant à 16 pièces en 4 carreaux ou 25 pièces en 9 carreaux). Par "pièces" il faut donc entendre "quadrilatères" qui sont souvent intégrés par 3, par 9, ... en un seul carreau.
      Diiférences par:
      1. la taille
      2. la forme (rectangle ☍ carré) ou la pose (horizontale ☍ verticale)
      3. la couleur (opposition noir ☍ blanc, bleu ☍ blanc, vert ☍ blanc, ...)
      4. inclusion d'un (ou plusieurs) "carreau-symbole" (enxaquetado compósito).
      Destinés à couvrir de grandes surfaces (murs, cloisons,...) ils sont souvent juxtaposés en plusieurs panneaux de plusieurs types et peuvent aussi servir de bordures ou de frises.
    1. ils composent parfois plusieurs types de poses
      1. par rotation, pour produire une symétrie interne à un grand motif
      2. par translation, pour la répétition de l'unité ou grand carreau d'assemblage initial)
     une triple rotation (90°, 180 ,270°) étant le plus sur moyen de produire un ensemble symétrique pour un pavage périodique   C'est le cas de fig 5-5 (vide infra), le motif pour répétition par translation est composé d'un module en rotation.
    Un modulo binaire (2 x 2) pour les enxaquetados
      Un grand carré unitaire subdivisé en quatre carrés AB,BC, divisé à leur tour en plusieurs zones (4x4)
    A (9 carrés),
    B (3 bandes rectangulaires horizontales),
    B' (B en subdivision verticale) et
    C (un grand carré)
    finit par devenir un dessin de base pour une pièce unique.

    fig 4-1
    Si les différents carreaux qui composent un enxaquetado du motif de base sont, à l'origine, de tailles, de formes et de couleurs différentes, les tailles sont des multiples rectangulaires ou carrés d'un carré unité (M1).
    fig 4-2

      Le module de base supporte la modulation chromatique du noir en couleurs
      Le module de base donne la logique des augmentations ou des diminutions de surfaces à l'intérieur des subdivisions : toutes les pièces d'une ligne ont la même hauteur et toutes les pièces d'une colonne ont la même largeur.


    Un module commun, tronqué ou étendue
    fig 5-1 fig 5-2 fig 5-3 fig 5-4 fig 5-5 fig 5-6
    Un modulo ternaire (3 x 3) pour les grandes surfaces en enxaquetados
      Un deuxième modèle, épuré, entièrement symétrique.
      Les enxaquetados tardifs présentent souvent comme carreau axial un motif dérivé de l'héraldique, synonyme d'un enrichissement de couleurs (jaune). Comparé au premier modèle, on constate que la forme est identique, que la partie A est placée au centre de la composition CBC, BAB, CBC, que les couleurs sont inversées .
  • le carré central de A double sa surface
  • comme la bande centrale de B et les carrés médians de A
  • entrainant une diminution de moitié des carrés diagonaux de A ainsi que les bandes latérales de B
  • D reste identique à lui-même mais perd son individualité pour devenir une surface de blanc neutre
  •   Ce modèle à 25 pièces est susceptible de recevoir un motif aux quatres sommets (cf. fig 5-5)

    fig 6-1


    enxaquetados miniatures de modèles 2
    fig 7-1 fig 7-2 fig 7-3 fig 7-4 fig 7-5 fig 7-6 ?
      L'histoire des amplifications de surface de l'enxaquetado mène jusqu'à l'époque contemporaine:
    on les retrouve sur des façades hi-tech, à très grande échelle.

      Pour le monde actuel, on trouvera parfois une utilisation de l'enxaquetado authentique tardif dans un contexte ordinaire (ou décoration utilitaire), comme à la gare ferroviaire de Tomar (à noter le contrepoint des fenêtres)


      Remarquons enfin que la déformation des lignes parallèles par la perspective est voisine de l'illusion d'optique.
    Il résulte de l'inégalité des angles, un sentiment de suspension et de rupture d'équilibre: l'oeil n'est plus en repos!
      L'échelle du motif joue également un très grand rôle dans l'illusion d'optique, fréquente pour une structure répétitive à partir d'un certain degré de complexité:
    - ici, un arrondi virtuel digne de Akiyoshi Kitaoka.


    Enxaquetado : un motif tronqué avec bordure
      L'art des carreleurs s'exerce aussi dans la pose, par l'imagination, des irrégularités, des troncatures et des altérations: ainsi on trouve à Lisbonne dans le Restaurante Abadia situé dans le Palácio Foz plusieurs exemples de motifs complexes à base d'enxaquetado. Construit en 1917, cet architecture d'intérieur est un syncrétisme entre le style religieux traditionnel et les recherches de l'art moderne.

    éléments tronqué altéré insertion

    Les enxaquetados, austérité et abstraction
      Faut-il voir une reprise des enxaquetados dans l'art du XX °siècle, par des peintres comme
    Théo van Doesburg ou Piet Mondrian (De Stils 1915-1932)? Il faudrait alors s'interroger une fois de plus sur la longue influence (à double sens) entre Portugal et Hollande.
      Pour en rester aux XVI° et XVII° siècles, on ne voit guère que la Croix et la Trinité pour donner une portée symbolique aux enxaquetedos, même si la question du coût économique et les limites des pigments naturels auront longtemps été les raisons de leur "art dépouillé".
      Ce carreau en équerre du Convento do Christo de Tomar n'incite-t-il pas à penser le "chair tiling" comme une suite logique de l'enxaquetado ?
    fig 8-1fig 8-2


      Enfin, il n'est pas exclu que l'enxaquetado puisse évoluer à partir des plus simples formules du Cellular Automata selon les principes d'auto-organisation de la Sayab-rule



      Alors, on pourra concevoir le tracé de l'enxaquetado ancien comme équivalent d'une
    animation du Jeu de la Vie



    Références
    1. João Miguel dos Santos Simões
    2. composições enxaquetadas de Jim Robert Puga Gomes
    3. contextualizaçao da azulejaria portuguesa de Renata Barbosa Ferrari Curval (2008)
    4. Az Infinitum - Sistema de Referência e Indexação de Rede de Investigação em Azulejo (2022)